Extraits :
Tu sembles jouer dans un contrôle maximal?
J’ai envie d’aller vers le contrôle! Moins je suis dans l’affect, moins je suis dans le laisser-aller, plus je pense que ma musique est pertinente. Je ne vise qu’à faire des choix. Quand je tombe dans la sensation pure, dans le faire, je m’égare, j’aime être conscient de ce qui se passe, et entendre au maximun tout ce qui se passe.
Tu joues régulièrement avec Edward Perraud...
Oui depuis longtemps. Cette année nous sommes partis ensemble au Mali chez des chasseurs… Nous avons par ailleurs une pratique commune depuis quelques années (aujourd’hui le trio Hatch). Le groupe Hubbub auquel il participe, c’est le type de musique que j’aime pratiquer le plus. J’ai la sensation qu’il s’agit de quelque chose que nous sommes en train de créer, elle correspond vraiment à mes préoccupations intellectuelles et me semble en adéquation avec l’environnement dans lequel nous vivons. Je la sens nôtre au sens où l’on crée nous-même nos propres outils (à l’échelle individuelle et collective) et dans un second temps nous tâchons d’avoir une vraie réflexion sur les contextes : lieu, espace, durée…
De plus, c’est une musique qui vise à l’absence totale d’ego et cette idée me paraît être tout à fait essentielle si l’on veut ne pas se contenter de peu.
Quels sont tes principaux projets?
Le projet dans lequel je suis le plus investi c’est un duo avec le contrebassiste loïc Blairon, un grand ami, ça s’appelle Narthex. Voilà 3 ans que l’on joue ensemble C’est une musique acoustique avec une approche très sonore voire plastique du son. Mais ce n’est pas quelque chose d’austère, plein d’interdits. À une époque dans ce duo je ne jouais pas une note, je ne jouais que des sons complexes, aujourd’hui je me concentre à revenir « dans le saxophone », comprendre le sens réel de ma pratique, car arrivé à un stade assez poussé de « jeu non-instrumental » mieux vaut se mettre à l’ordinateur ou à la prise de son et arrêter l’instrument. C’est le projet le plus accompli de ceux auxquels j’ai participé jusqu’à maintenant. Je me concentre aussi sur mon projet en solo, le “non-solo” que je fais avec jean-luc Guionnet, saxophoniste, organiste et compositeur, qui me compose des bandes électroacoustiques qui me sont à chaque fois inconnues et qu’il diffuse pendant les concerts. La bande n’est pas un support sur lequel je joue en réaction, c’est une situation. L’idée est d’être perturbé par elle sans vraiment l’être.
Et puis il y a mon plus vieux groupe, Oz , une sorte de trio noisy qui travaille sur des formes longues, des trames très denses où le son est rediffusé et mis en espace. Ça c’est encore une musique très différente du reste de ma pratique.
Propos recueillis par Igor Juget
Retrouvez l'intégralité de cette interview dans Sextant #3
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