Extraits :
Le jazz
Si on me demande, je me définis comme chanteuse de jazz, parce que je suis issue de cette culture-là, mais c'est assez récent que je découvre vraiment le plaisir de chanter des standards... J'ai une vision assez simplifiée de ce qu'est le jazz : une musique, écrite en partie, qui appelle l'improvisation. Cette définition se décline ensuite à l'infini selon les musiciens, les personnalités, les cultures.
Au moment où se crée le morceau, les musiciens trouvent leur position, il y a presque des prises de pouvoir, des dissensions où il ne s'agit plus de savoir qui a raison ou qui a tort...
Choix
Un de mes choix, c'est que l'improvisation soit vraiment la base de l'organisation de la musique que je joue... Ensuite selon les groupes et les musiques il y a, ou pas, un ordonnancement prévu au départ, une sorte de colonne vertébrale sur laquelle on peut se reposer... Parfois on définit ensemble en amont un univers sonore, une certaine proportion de silence, des matières sur lesquelles on choisit de travailler, comme dans le groupe de Vincent Courtois où nous interrogeons la place du silence dans notre musique. On peut aussi définir les positions des uns par rapport aux autres, par exemple d'une voix par rapport à une batterie à tel moment d'un concert, s'ils seront ou non en interaction...
Sinon, un autre choix que j'ai fait, celui qui est venu en premier, après le choix de la voix, c'est de travailler cette voix comme un instrument, afin de pouvoir me fondre au sein d'un orchestre comme n'importe quel autre musicien. Trouver les solutions sonores qui permettent de temps en temps d'oublier la fonction première de la voix. Je ne tiens pas à être une chanteuse accompagnée par des musiciens, je préfère jouer avec, me couler dans un univers, être simplement une couleur...
Est-ce que tu as l'impression qu'il reste dans ta voix et dans ta façon de chanter, quelque chose de cette formation classique que tu as eue au départ ?
En fait j'essaie souvent de gommer cet aspect-là du son, mais parfois je suis obligée d'appeler cette technique-là à un moment de mon chant. Donc, oui il en reste quelque chose, mais ce n'est pas ce vers quoi je tends. Par exemple j'admire beaucoup quelqu'un comme Elise Caron, qui a à mon sens trouvé un mix parfait entre une totale maîtrise du chant classique, et une vraie liberté vocale, sa voix va où elle veut, ça ne sonne pas classique et ça ne sonne pas exactement jazz non plus...
Propos recueillis par Damien Panerai
Retrouvez l'intégralité de cette interview dans Sextant #3
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