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Que Viva Mexico - SEXTANT#1
Une création sonore par NLF3(trio)
Une œuvre à part dans l’immense matière de S. Eisenstein. Après La Grève, le Cuirassé Potemkine, et Octobre, la Paramount lui commande une geste documentaire sur le Mexique. Envoûté par la complexité de l’histoire des Indiens du Mexique, le film, pour des raisons financières ne sera jamais achevé : Eisenstein, de retour en URSS, ne verra jamais son film. Il faut attendre 1979 pour découvir un des montages que son ancien assistant Grigori Alexandrov a achevé dans les années 60. Émanation plurielle, son épaisseur métaphysique reproduit ce que fut sans doute cette expérience personnelle au sens fort de révélation. D’après Marie Seton, compagne et biographe : «Le thème dominant du film est que, tandis que l'homme comme entité biologique est mortel, le principe social représenté par l'homme transcende les limites de l’existence physique et est immortel, éternel. Les trois épisodes du film devaient représenter trois conditions humaines historiques successives, de l'animale soumission à la Mort au dépassement de cette attitude (par prise de conscience puis l’action révolutionnaire) dans la conception de l’entité sociale, collective.» (Eisenstein) Une fresque fragmentaire au vécu controversé (il n’ existe pas moins de cinq montages). C’est à la mesure de cette aura sulfureuse que s’appréhende la partition imaginée par le groupe Nlf3 (trio) (Nicolas et Fabrice Laureau, Ludovic Morillon) pour une commande du Printemps de Septembre de Toulouse en 2004. La formation (créée depuis 1995, sous la formation des Prohibitions) a déjà un parcours riche d’indépendance.
Habitée, voilà peut-être l’intuition qui enveloppe l’écoute de cette composition tressée : le film-kaléidoscope, est disséqué en un laboratoire foisonnant d’atmosphères pour une entreprise littérale d’extraction. Alors que la lisibilité du film décrirait le glissement d’un âge d’or édénique, bouleversé par la cupidité, le fanatisme religieux, un mélange complexe de strates sonores fusionne alternativement prégnance climatique abstraite à tonalité rock, et saynettes tropicalistes mélodiquement teintées, et chaloupées. Les séquences les plus euphoriques, et lumineuses, se trouvent contaminées par l’émergence insidieuse ou éruptive d’un contrepoint mélancolique: le doute comme modernité. La grandeur d’une civilisation ou sa libération au prix du sacrifice : la froideur métallique du prologue accueille la vision monstrueuse des pyramides Incas ; des torsions acérées exhibent le théâtre de la cruauté d’un ballet de corrida. Mention sidérante pour l’épisode de la fiesta, célébration rugueuse incantatoire d’un défilé de la fête de la Vierge. Démantèlement organique de l’illustration, performance littérale sur chaque spectacle, les interrogations du film et celles d’une composition «extractive» se répondent, dialectiquement.
La longue scène finale de western, saturée par une composition rock très opaque traduit une identité superlative, celle du destin ouvert du film : une revendication éclatante à l’œuvre, résolue comme le quatrième épisode jamais tourné :
Viva la Revolucion.
Thomas Morelli
Péage Neutre diffusion
Retrouvez l'intégralité de cette interview dans Sextant #1