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Julien Lourau - SEXTANT#1
J’ouvre ma gueule, mon discours est guerrier, mais c’est dans l’air du temps. Un artiste reflète intuitivement les événements.
Le titre de ton dernier album est très clairement politique, comment es-tu arrivé à cette idée de Fire & Forget ?
Je ne sais pas si c’est politique, c’est avant tout un regard sur le monde, un prisme ironique. Les événements forts de ces cinq dernières années ont montré qu’il existe un double discours banalisé. C’est ce que raconte le titre Guantanamo, les paroles «Il fait beau, on nous a payé le voyage, mais j’ai une chemise orange» sont symptomatiques de ce que peut renvoyer ce prisme. Ce double sens se retrouve dans le fait que l’album est conçu comme un diptyque. Le prisme a permis d’organiser ces deux personnages.
Es-tu un musicien engagé ?
J’ouvre ma gueule, mon discours est guerrier, mais c’est dans l’air du temps. Un artiste reflète intuitivement les événements. Il y a un écho qui résonne dont je ne connais pas l’origine. En transmettant ses émotions, un musicien devient militant. Mais la politique ne m’intéresse pas spécialement.
Comment s’est déroulée ta collaboration avec Jeff Sharell ?
J’ai rencontré Jeff par l’intermédiaire de Fred Galliano. Ils travaillaient ensemble sur le label de Fred : Frikiwa. Galliano avait aimé le Groove gang. Un jour, il m’a appelé pour l’accompagner sur scène... Ensuite, sur la tournée Gambit, je l’ai appelé, mais avec son label en cours de création, il n’était pas libre, et m’a recommandé Sharell, avec qui nous sommes partis presque aussitôt en Afrique. Le principal rôle de Jeff est celui de producteur. Moi, j’écris la musique, je choisis mes compagnons, lui a fait le disque pour y apporter une autre attention… On a adopté une manière de travailler assez originale. Il est venu dès la première répétition, et des choix d’enregistrement ont été pris très tôt : très peu de répétitions, pas de paravent ni de casque, histoire d’oublier l’environnement et aussi pour ne pas se retrouver avec de très bons musiciens de jazz qui n’allaient pas donner le truc qu’il cherchait. Il préférait une situation bancale pour qu’on sorte des automatismes. Jeff m’a surpris, il a parfois laissé tourner les bandes beaucoup plus longtemps que je ne l’aurais fait, il gardait le flux tendu du truc, le propos de base. C’était un peu cinématographique comme tâche, proche du travail de Teo Macero sur les albums électriques de Miles. Le dispositif ouvre de nouvelles portes, il y a une incidence certaine sur les méthodes de travail de chacun des musiciens qui ont participé à cette aventure. Mais en fin de compte, les rares coupes sont franches, il y a surtout un travail d’agencement. On collabore depuis cinq ans, on a passé un an, un an et demi ensemble sur le projet. On se balade ensemble... Quel rapport entretiens-tu avec les musiques électroniques ?
Les gens de la musique électro utilisent les formes répétitives, comme les musiques traditionnelles Gnawa ou de transe, c’est la danse. J’écoutais du Hip-hop dans les années 80, puis de la Jungle et de la Drum’n bass, c’est une influence depuis le départ. J’aime beaucoup le côté répétitif du sample. Je suis allé vivre à Londres pour écouter cette musique se faire dans les clubs dans les années 90, elle était présente partout. En rentrant de Londres, j’ai fait Gambit pour utiliser ce langage, l’instrument éléctro.
J’aime beaucoup le travail de Steve Arguelles sur son label électronique Plush.
Propos recueillis par Pascal Pilorget et Igor Juget
Retrouvez l'intégralité de cette interview dans Sextant #1