|
Steve Argüelles - SEXTANT#2 |
"L’électronique et son côté hypnotique, répétitif, donne au jazz un côté modal."
Quelles ont été tes principales influences dans ton jeu, en tant que batteur ?
Buddy Rich est l’une de mes premières inspirations, j’ai eu la chance de le rencontrer… Steve Gadd aussi avec tous ses disques de fusion, de funk (avec Chick Corea), j’ai adoré le son et sa façon triolée sur les toms, très funky. Et Elvin Jones, pour son jeu, dont on peut retrouver les triolets dans le jeu de Steve Gadd. Steve c’est le côté blanc de Elvin Jones… Ensuite, en tant que pro, Tony Williams, heureusement que je ne l’ai pas écouté trop tôt parce que c’est tellement séduisant de l’imiter. Paul Motian est important aussi. C’est le son avant la technique qui me parle.
Je ne suis pas démonstratif parce que je ne répète jamais, j’ai une facilité et je n’ai jamais peur d’essayer des choses sur scène. Comme je ne répète pas, je ne peux pas mettre en avant des choses compliquées. C’est inspiré par Paul Motian, c’est très zen : on pose la baguette sur le tom… Je ne suis pas branché solo de batterie, ce n’est pas mon truc musicalement. Je n’ai pas le physique. Et avec mes peaux animales on ne peut pas taper comme un fou, sinon elles cassent. Je trouve le son meilleur quand je tape plus doucement. J’essaie d’avoir une dynamique, donc il peut parfois m’arriver de jouer fort… Mais je préfère caresser la batterie. J’ai une approche très mélodique de la batterie. C’est l’un des aspects qui me touchent dans la musique africaine. J’aime jouer sur les peaux avec mes mains ou avec des balais.
On a l’impression que tu danses avec ta batterie ?
J’aime bien danser ! Malheureusement, je ne joue pas de guitare ni de saxophone, sinon je danserais sur scène… La batterie est mon partenaire et quand je suis dans la musique, je bouge beaucoup. J’ai beaucoup de mal lorsque je me vois jouer sur une vidéo, mais si la musique m’inspire, j’adore bouger, danser. Peut-être que ma gestuelle est liée à mon apprentissage de l’instrument : quand j’étais tout jeune, mon professeur m’obligeait à jouer avec des bouquins sous les aisselles, c’est ridicule… C’est peut-être en réaction que j’ai créé ma propre gestuelle…
Que t’apporte l’électronique ?
L’électronique amène d’autres couleurs, mais pose des problèmes au niveau de l’harmonie, je perds en flexibilité, et la monotonie peut rapidement s’installer, c’est plus difficile de changer. J’ai plus d’épaisseur dans la rythmique, surtout lorsqu’on n’est que deux, j’arrive à avoir un orchestre plus large. C’est plus tribal, comme si j’étais « deux » batteurs. Je sens aujourd’hui quelques limitations avec mon outil électronique actuel. J’ai envie de chercher d’autres techniques, de nouveaux petits sons. L’électronique et son côté hypnotique, répétitif, donne au jazz un côté modal. Alors que j’étais auparavant plutôt dans une recherche chromatique avec ma batterie seule. C’est un truc auquel je dois faire attention… Je cherche à explorer d’autres pistes comme le logiciel Usine d’Olivier Sens. Mais je ne veux pas utiliser ses sonorités, je veux continuer à m’autosampler, à construire dans l’instant. Le direct est très important ! J’aime bien me mettre en danger sur scène. Et l’avantage du logiciel d’Olivier, c’est le gain de place dans mes déplacements, et mes machines sont assez fragiles. Si je peux avoir plus d’outils avec moins de matériel…
Tu es au service de l’électronique ?
L’électronique ne m’écoute pas ! Donc je suis obligé de suivre. Si je suis décalé, elle répond de manière décalée et alors je suis obligé de me replacer. C’est l’électronique qui commande. Avec mes outils en tout cas. D’ailleurs, j’aime le hasard né de mes machines. J’aime écouter ce que la machine va me proposer.
Propos recueillis par Igor Juget
Photo : Laurent Machado
Retrouvez l'intégralité de cette interview dans Sextant #2 (plus de 12 pages sont consacrées à Steve Argüelles)
|